Aller aux périphéries... réchauffer les coeurs... Thérèse de Lisieux a anticipé l’Eglise du pape François.


A l’une de ses novices, elle confie qu’elle aurait aimé vivre dans un refuge
religieux pour « filles repenties », comme on disait alors. Elle connaissait
leur maison à Lisieux du fait qu’elle avait accompagné plus d’une fois son père
allant y porter le produit de sa pêche. « Si je n’avais pas été acceptée au carmel,
je serais entrée dans un refuge pour y vivre inconnue et méprisée au milieu des
pauvres repenties. Je me serais fait l’apôtre de mes compagnes, leur disant ce
que je pense de la miséricorde du Bon Dieu ».

Et, désireuse de briser la distance avec elles, la religieuse ajouta ce détail
étonnant : « Mon bonheur aurait été de passer pour telle ». (cf. Pierre
Descouvemont, Sœur Marie de la Trinité, une novice de sainte Thérèse, p. 108)

C’est parce qu’elle est lucide sur sa faiblesse que Thérèse entre en fraternité :

« Je n’ai aucun mérite à ne m’être pas livrée à l’amour des créatures, puisque je
n’en fus préservée que par la grande miséricorde du Bon Dieu. Je reconnais
que, sans lui, j’aurais pu tomber aussi bas que Marie-Madeleine » (Ms A, 38).

On raconte que François d’Assise répondit à un jeune qui l’appelait "le saint" :
"Tu crois que je suis un saint ? Mais tu ne sais donc pas que
ce soir même je pourrais coucher avec une prostituée si le Christ ne me soutenait pas !"

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"Quand nous allons annoncer Jésus-Christ à des personnes qui ne le connaissent pas, ou qui mènent une vie qui ne semble pas très morale, il faut avant tout se dire à soi-même : si je ne suis pas comme lui, c’est par pure grâce de Dieu... Si je ne suis pas tombé dans cette situation, c’est que le Seigneur m’a tenu par la main." (Rencontre avec la communauté vie chrétienne, mai 2015).

"Chaque fois que je franchis le seuil d’une prison, je me demande toujours : pourquoi eux et pas moi ? Leurs chutes auraient pu être les miennes, je ne me sens pas meilleur que ceux qui sont en face de moi."
(Le nom de Dieu est miséricorde, janvier 2016)

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Une amitié improbable avec Edith Piaf

Guérie miraculeusement par Thérèse lorsqu’elle était enfant, "la Môme " lui en fut reconnaissante toute sa vie. Malgré leurs existences si antagonistes - Piaf fut élevée par des prostituées et eut de nombreux amants -, les deux femmes se rejoignent dans la quête d’un amour absolu ; "je n’ai cru qu’en l’amour", dira la chanteuse. C’est peut-être cette foi en l’amour qui lui a permis de se relever de ses nombreuses épreuves.

Pour vivre en frères, il nous faut d’abord être fils. Le fils aîné est plein de
rancoeur envers son frère
car il ne laisse pas le père aimer en lui, pardonner en lui.
Cet amour c’est la part d’héritage qui lui revient à lui aussi : "tout ce qui est à moi est à toi".
Mais il n’ouvre pas les mains à ce don initial ; il veut gagner l’amour de son père par ses bonnes actions,
sa vertu. Oui, il est plus sécurisant de compter sur soi-même que de faire confiance à quelqu’un d’autre,
de s’en remettre à lui.

"Le salut n’est pas mérité, mais donné, de sorte que « les derniers seront les premiers,
et les premiers seront les derniers ».
François, 24/9/17 (autres citations ici).


La fraternité avec les non-croyants

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« Il faut avoir voyagé sous ce sombre tunnel pour en comprendre l’obscurité. » Pendant les dix-huit mois qui précèdent sa mort, Thérèse de Lisieux vit la désolation à l’extrême : l’amour de Dieu l’a quittée. Elle aurait pu se morfondre dans son angoisse, pourtant une ouverture se crée, celle de la fraternité : elle comprend de l’intérieur les hommes qui refusent Dieu et elle en fait des frères, ce qui est proprement scandaleux pour le milieu chrétien de son époque. "Seigneur, votre enfant vous demande pardon pour ses frères, elle accepte de manger aussi longtemps que vous le voudrez le pain de la douleur et ne veut point se lever de cette table remplie d’amertume où mangent les pauvres pécheurs". Alors que la lumière divine s’est voilée pour elle, la carmélite évoque un flambeau, celui de "la charité qui doit réjouir tous ceux qui sont dans la maison, sans excepter personne".

Christian de Chergé (1937-1996)

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Comme les non-croyants, les musulmans peuvent enrichir notre vie chrétienne. Cette conviction, le prieur de Tibhirine, issu d’une famille de militaires, l’a acquise lors de son enfance passée sur le sol algérien, au contact de sa mère qui n’avait de cesse de lui dire que les musulmans priaient le même Dieu que lui. Il y retournera comme officier lors des "événements". Le séminariste du diocèse de Paris se lie alors avec un homme beaucoup plus âgé que lui, illettré, un musulman très croyant. Un jour, Mohammed protège Christian lors d’un accrochage avec des nationalistes. Le lendemain, le père de dix enfants est retrouvé égorgé au bord du puits où les deux hommes avaient coutume d’échanger. "Mohammed a donné sa vie comme le Christ !" : ce geste fort marquera profondément Christian, au point délaisser son ministère parisien pour devenir "priants parmi les priants" en Algérie. Pas une position de surplomb pour ce lecteur familier du Coran, mais l’esprit de la Visitation où chacun reçoit de l’autre pour sa propre croissance.

« On aura comme ennemis les gens de sa maison » Mt 10, 36

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On sait combien Thérèse fut inventive dans la charité envers ses sœurs du carmel. A l’autre extrémité, saint François d’Assise et saint Jean de la Croix ont subi la persécution au sein de leur « maison ». Cette Passion, nous dit Jésus, accompagne une forte manifestation de l’Esprit – le feu sur la terre agissant comme une épée Lc 12, 51.
Celui qui endure ce tourment a l’âme transpercée par un glaive. Son cœur devient un calice duquel s’échappe un « vin nouveau » pour la multitude. Jésus a vécu cette souffrance à son paroxysme : « Il faut qu’il souffre beaucoup, soit rejeté (…) et ressuscite le troisième jour » Mt 9,31. Avant la communion de Pentecôte, la désunion. Avant que le centre de l’âme soit enflammé, la "nuit de l’esprit" : "L’âme se sent privée de Dieu... Elle se croit l’objet du même abandon de la part de ses amis...." (Jean de la Croix).
De même, dans les épreuves de la vie familiale, nous pouvons accueillir un "passage de l’épée" (glaive) voulu par l’Esprit. "La croix est bonne car elle allume le feu divin dans le coeur en le détachant des créatures" (st LM Grignion de Montfort). Dans la souffrance et la solitude, nous produirons un "vin nouveau" qui nous permettra de vivre la fraternité d’une manière nouvelle,
car l’unité sera faite en Dieu, dans son agapè.

 

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