Le Père et moi, nous sommes un (l’amour agapé)

Quand saint Jean affirme que "Dieu est amour", il dit en fait "Dieu est agapé". Ce mot souligne la dimension kénotique de l’amour. La kénose est effacement de soi face à l’autre : non pas moi mais toi. Jésus est la plénitude de l’amour-agapé ; il s’est littéralement "vidé de lui-même" (Ph 2) afin de se "brancher" sur la volonté de son Père.

Comme l’écrit Christian de Chergé : "N’allons pas imaginer que par avance Jésus savait, il voyait, il comprenait - je ne le crois pas, et rien dans l’Evangile ne nous permet de le dire, surtout pas Jésus. Le Fils lui-même ignore les temps et les moments : ça, c’est le secret du Père. (...) Jésus, c’est d’abord et avant tout cette humanité semblable à la nôtre, qui a vécu, instant après instant, la docilité à l’Esprit et qui s’est reçue de l’Esprit, instant après instant".

L’amour comme effacement, comme mort à soi-même.

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La notion d’effacement est très présente dans la mystique juive. Selon la théorie du tsimtsoum (retrait) élaborée par des maîtres de la Kabbale, Dieu qui occupait tout l’espace avant la création, s’est retiré pour laissé place au monde, comme une vague dont le reflux fait place au sable. A son tour, l’homme doit s’effacer pour laisser Dieu vivre en lui.

Le Cantique des Cantiques, poème d’amour par excellence, repose sur cette alternance. Les disparitions récurrentes du Bien-Aimé ne sont-elles pas une magnifique preuve d’amour en ce sens qu’elles laissent de la place pour la Bien-Aimée ? Mais cette dernière devra à son tour s’effacer, renoncer à vouloir chercher Dieu. Réduite à l’impuissance, la Bien-aimée s’endort en attendant le retour de l’amant.

Eros est un amour qui cherche Dieu. Cette démarche est bien noble. Mais agapé est différent :
ce n’est pas moi qui me saisis de Dieu, mais je Le laisse de plus en plus s’emparer de moi,
comme le bois s’abandonne à la flamme pour devenir feu.

"Aimer c’est tout donner et se donner (=livrer) soi-même".

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Dans l’amour d’agapé, je m’efface pour que l’autre puisse prendre sa place.

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"Ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes" Phil. 2,2

"Soumettez-vous les uns aux autres" Eph 5,21

Aucun d’entre nous n’est capable d’aimer naturellement de ce genre d’amour que le Nouveau Testament décrit comme le véritable amour. Seule la vie de Dieu en nous peut nous permettre de le faire.

"Lorsque je suis charitable, c’est Jésus seul qui agit en moi" Thérèse de Lisieux

Jésus vit les rencontres dans l’humilité. Il s’enrichit des autres, s’émerveille de leur foi, de l’amour qui les anime. Même quand il s’agit de païens (samaritaine, syro-phénicienne, centurion romain).

"Je donne ma vie pour mes brebis"

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"Il avait soif d’amour..." écrit Thérèse de Lisieux à propos de la rencontre avec la samaritaine. La résurrection n’y change rien : en demandant par trois fois à Pierre "M’aimes-tu ?", Jésus demeure ce mendiant d’amour.

Miracles et conversions sont rendus possible par son anéantissement : il s’est littéralement "vidé de lui-même" (Ph 2) pour que les hommes aient la vie :
"il a pris sur lui nos infirmités, s’est chargé de nos maladies" Mt 8,17.

"Rien ne me tient aux mains. Tout ce que j’ai, tout ce que je gagne, c’est pour l’Eglise et les âmes, confie Thérèse de Lisieux. Que je vive jusqu’à quatre-vingts ans,
je serai toujours aussi pauvre."

"J’aime mon Père, et je fais tout ce que mon Père m’a commandé" (Jn 14,28).

Le mot commandement est arché en grec. Arché est également utilisé dans l’expression « au commencement » qui ouvre l’évangile de Jean et la Genèse. Nous pouvons en déduire que le commandement de l’amour, qui est un effacement réciproque, est le principe (logos) qui gouverne les relations

* entre le Père et le Fils :

"Le Père aime le Fils, et il a remis toute chose entre ses mains" (Mt 28,18).
"J’aime mon Père, et je fais tout ce que mon Père m’a commandé" (Jn 14,28).

* entre les hommes et le Fils,

* et les hommes entre eux.