« Non pas abolir mais accomplir » : se laisser aimer avant d’aimer

Ni meurtre, ni adultère. Jésus reprend les termes de la loi pour la centrer sur le cœur : « Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. » Il nous dit que le mal commence dans nos pensées et nos paroles Mt 15,19.

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Alors que la loi ancienne valorisait la pureté extérieure, Jésus nous invite à prendre en compte les pensées tapies dans notre coeur. Dans notre coeur nous sommes tous malades. Jalousie, rancoeurs, désordres et impuretés sont notre lot commun.

Jésus s’approche des malades, non des bien-portants. Sous le Soleil de l’Amour du Père tout est aimé.

Si nous lui ouvrons nos coeurs avec confiance, son Amour réchauffera nos blessures, tout ce que nous dissimulons à nous-mêmes et aux autres. Dans cet Amour inconditionnel nous perdrons le pied qui nous donne de l’assurance comme Jacob ; la main qui nous sert à accumuler les bonnes actions comme le jeune homme riche. Il nous restera un coeur pauvre, un coeur brisé, réceptif à l’amour du Père.

Avec ce coeur nouveau, nous verrons notre prochain - celui qui nous a offensé, avec des yeux nouveaux.

Commentant la parabole de l’oeil et la poutre, saint Augustin écrit qu’au moment de blâmer notre frère, il est bon de nous souvenir que "nous sommes humains", et que la faute qu’il a commise, "nous aurions pu la commettre".

Pape François  : "Chaque fois que je franchis le seuil d’une prison, je me demande toujours :
pourquoi eux et pas moi ? Leurs chutes auraient pu être les miennes, je ne me sens pas meilleur
que ceux qui sont en face de moi." (Le nom de Dieu est miséricorde, janvier 2016)

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Invitation à prendre en compte la fragilité de notre nature, à ne pas nous désolidariser
de ceux qui chutent : Le meurtre ne prend-il pas racine dans une colère qui nous submerge ?
Pourquoi certains se laissent-ils submerger par leurs affects au point de tuer ?

« Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens,
vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux".

Si nous laissons l’amour agir en nous, agir dans nos pauvretés, nous pourrons aimer les autres
comme Dieu nous aime, totalement et sans condition. Nous pardonnerons "du fond du coeur" Mt 18,35.

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Nous pourrons "courir sans peur sur la voie de tes préceptes" car notre cœur aura été dilaté
par cet « Amour nouveau », « mis au large » ps 118.

"Je mettrai ma loi dans leur coeur" Jr 31,33  : aux cœurs malades incapables de mettre en pratique la Loi,
Jésus donne son amour. Il unifie nos forces intérieures dans son Amour.

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« Le jugement que vous portez contre les autres, sera porté aussi contre vous » Mt 7,3.

Le jugement contre les autres n’est-il pas un jugement contre nous-mêmes ? En refusant le don de l’amour dans notre coeur malade, nous conservons un coeur de pierre, un coeur qui juge l’autre (aimer son prochain comme soi-même).

A une soeur de son carmel, Thérèse de Lisieux avait dit : « Ma Sœur, vous voulez de la justice de Dieu, vous aurez de la justice de Dieu. L’âme reçoit exactement ce qu’elle attend de Dieu. »

Les pharisiens condamnent ceux qui commentent meurtres et adultères mais avant tout ils se condamnent eux-mêmes. Leur coeur est fermé au don de l’Amour Jn 15,5. Les rituels de purification auxquels ils s’adonnent les dispense de "briser leur coeur", leur image idéale. Ils honorent Dieu avec les lèvres, non avec le coeur Mt 15,8.
Ils se protègent du sang de l’homme blessé comme ils se protègent de leur humanité.

Si nous jugeons ceux qui commettent des actes graves, Dieu nous jugera.
Ne serait-ce que pour une parole venimeuse.

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