Pour devenir mari et femme, vivons l’esprit d’enfance

Après avoir relaté le dialogue avec les pharisiens sur l’indissolubilité du mariage,
Matthieu tourne nos regards vers les enfants - Mt 19,13.

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N’est-ce pas que l’enfant peut inspirer les couples ?

L’amour est affaire d’abandon, de confiance. En Dieu, en soi, en l’autre.

Suis-je disposé à accueillir l’Amour de Dieu comme un enfant, avec un coeur ouvert et confiant, certain qu’il m’aime tel que je suis, non tel que je voudrais être ?

Ceux qui se laissent aimer comme un enfant, peuvent accueillir leur conjoint, leur prochain, à la manière d’un enfant : en l’aimant pour lui-même, dans sa beauté et sa fragilité.

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Cet amour scelle la vie du couple, y compris dans sa dimension charnelle :

"Quand le dynamisme sexuel est saisi par l’esprit et pénétré de charité,
il n’est plus un ennemi, mais il contribue pour sa part à l’essor spirituel de la personnalité..."
Henri Caffarel, Prends chez toi Marie ton épouse, page 156

Jésus aussi cherche des amants... Laissons nos coeurs se réchauffer au contact de sa Flamme.
Elle attendrira nos duretés de coeur, assouplira nos raideurs. L’abandon encore...

L’unité entre l’homme et la femme est aussi à recevoir. Non pas mettre la main sur l’autre,
se l’approprier, mais laisser couler une sève à l’intérieur de nos cœurs.

Ceux qui sont greffés sur la Vigne de l’Amour ne « prennent ni mari ni femme » Lc 20,27.
Ils sont les « petits frères » de Jésus. En Jésus les liens sont transfigurés.

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De l’histoire de la femme aux 7 maris, nous pouvons tirer que la résurrection commence aujourd’hui - Lc 20,38.
A la suite d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, les « vivants » ont reçu la Flamme du buisson ardent en leur âme.

Tobie appelle Sara sa sœur ; il l’aime avec l’amour du "grand frère". Leur histoire est celle
d’un chemin initiatique qui les a révélés à eux-mêmes ; un chemin marqué par des rencontres.
Le chien qui accompagne Tobie manifeste le coeur qui s’en remet à Dieu. L’intervention de l’ange Raphaël
révèle que nous avons besoin d’être guéris. Ces blessures héritées de notre histoire familiale impactent
la vie du couple à travers par exemple, la difficulté à communiquer ou à concevoir un enfant.

"Oui, ce livre de Tobie est un récit initiatique : lui et Sara sont tous deux enfants uniques, aussi, ils ont du mal à quitter leurs parents (en plus, le père de Sara est veuf, le père de Tobie est handicapé). Le récit montre que ce sont des craintes vaines, qui s’évanouissent dès lors qu’ils se laissent conduire par l’amour qui rend courageux."

Quand Tobie quitte ses parents pour entreprendre son voyage, il est un enfant (chap 6). Abraham aussi est un enfant ; les textes sacrés racontent sa vie cachée dans une grotte jusqu’à l’âge de 13 ans afin de déjouer les plans de ceux qui avaient été informés de sa gloire future. Or la grotte symbolise le ventre maternel, le monde souterrain de l’inconscient (Jonas et le gros poisson).

Le Va vers toi adressé à Abraham pourrait désigner la traversée de nos peurs, de nos enfermements. Pour Frédéric Lenoir, "le chemin de la vie consiste à passer de l’inconscience à la conscience, de la peur à l’amour". On trouve la description de ce "retour à la source" dans de grands mythes comme celui d’Isis et d’Osiris où l’amour inconditionnel incarné par Isis rend possible le remembrement d’Osiris (remember, en anglais : se souvenir) - c’est-à-dire la prise de conscience de tout ce qu’il est.

Si nous avons été enfantés dans la peur par notre mère (Eve), il nous faut renaître avec un coeur de chair, sans les écailles de l’homme ancien : J’ai eu peur et je me suis cachéGn 3,10.

"Pour ma part, après avoir eu connaissance de la pièce de Paul Claudel intitulée « l’Histoire de Tobie et de Sara », j’ai lu avec un regard nouveau et singulier le livre de Tobie. Dans cette pièce, P.Claudel relie les sept maris de Sara aux sept Demeures de l’âme décrites par sainte Thérèse d’Avila. Traverser les Demeures pour atteindre le « Cœur du Château » est à la fois un chemin ardu car semé d’embûches et un cadeau du ciel. En effet, la septième Demeure, celle où "on (y) reçoit la grâce du mariage spirituel, est une faveur merveilleuse".

Et nous, comment accueillons-nous nos blessures, nos épreuves ? Savons-nous saisir
le kairos qui nous est fait ? "La croix est bonne et précieuse car elle allume le feu divin dans le coeur
en le détachant des créatures" (LM Grignion de Montfort). Dans la souffrance et la solitude,
nous produirons un "vin nouveau" qui nous fera renaître dans la profondeur de notre âme.
Nous "connaîtrons" notre prochain, notre conjoint, non comme les sages et les savants,
mais comme les "tout-petits" qui se laissent greffer sur la Vigne de l’Amour.

marthe 1 - Copie

"Que ceux qui ont une femme vivent comme s’ils n’en avaient pas" 1Co7,29.

"Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi,
et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi". Mt 10,37 + Lc 14,26

"Nous devons regarder et aimer toutes choses en lui et nous ne devons rien regarder
et aimer que lui en toutes choses." St Jean Eudes

P. Louis-Marie Guitton : "Si le célibat sacerdotal est dénigré, c’est plus largement la vertu de chasteté qui est considérée comme impraticable. Nous avons peut-être oublié que nous sommes tous en chemin vers un amour chaste. Avons-nous seulement assez annoncé cette bonne nouvelle  : chrétiens, tous appelés à la chasteté  !"

Tobie peut "recevoir" Sara, selon l’expression du rituel du sacrement de mariage,
car il aime Dieu avec un coeur sans partage
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"A moi sont les cieux et à moi est la terre, et à moi sont les peuples ; les justes sont à moi et à moi les pécheurs ; les anges sont à moi et la Mère de Dieu est à moi et toutes les choses sont à moi, et Dieu même est à moi et pour moi, parce que le Christ est à moi et tout entier pour moi ." Jean de la Croix

De Jean de la Croix : "Quand l’amour que l’on porte à la créature est une affection toute spirituelle et fondée sur Dieu seul, à mesure qu’elle croît, l’amour de Dieu croît aussi dans notre âme (...)Plus cet amour grandit [l’amour du prochain], plus aussi grandit celui que l’on porte à Dieu ; et plus l’amour de Dieu va croissant, plus s’accroît l’amour du prochain, parce que ces deux amours ont une même racine et jaillissent d’une même source". MC III, 23,1

Comme l’écrit Benoît XVI, "l’âme se sent désormais inondée par l’amour divin. Elle connaît tout en Dieu et ne doit plus passer à travers les créatures pour arriver à Lui."